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Je disais donc que ce monde est dangereux ; la sécurité et l'ordre ne
sont pas en conséquence vaines fariboles pour un seigneur avisé. La
sécurité d'un fief ne s'assure pas au pieds des murs du 'point-fort',
château ou castel ou modeste tourelle mais sur toute l'étendue des
terres que le suzerain a bien voulu accorder à son vassal. Cette
sécurité est d'une part passive, et d'autre part... active ! (Si, Si!).
Quelque soit sa fortune et paradoxalement surtout si le niveau des
caisses est désespérément bas, le seigneur veillera avec méticulosité à
sa sécurité passive ! Toutes les voies de passage seront gardées: il
s'agit de contrôler les allées et venues des manants et des voyageurs.
mais aussi des puissants qu'ils soient marchands ou nobles. Il faut en
effet pouvoir se renseigner mais aussi prélever moult taxes; parfois en
nature (diantre que cette donzelle est avenante !) mais le plus souvent
en espèces (A vot'bon coeur noble joaillier!).
Une barrière sur une route flanquée d'une bâtisse abritant quelques
solides gaillards convenablement armés, voila une rencontre banale aux
frontières d'un fief.
Vous pourrez d'ailleurs, nobles aventuriers, en tirer des conclusions
intéressantes : si les dit gaillards sont vifs, bien armés, semblent
aguerris, c'est que le maître de céans est puissant : s'ils sont gras,
un peu lents. c'est que la paix règne...
Par extension, tout gué sur un cour d'eau, à fortiori un pont, sera
gardé en tant que passage obligé. Il n'est d'ailleurs rien de plus aisé
que de tendre en travers d'une rivière une bonne et lourde chaîne,
surtout si le trafic fluvial est important. De plus. il n'est pas rare
que quelque ouvrage fortifié soit édifié : communément une tour en bois
ou en pierre, entourée d'une palissade et agrémentée d'une catapulte ou
d'une baliste. Leurs servants, pour se distraire des longues gardes
ennuyeuses, ont eu tout le loisir de les régler pour tirer juste au
devant de la chaîne qui, justement, immobilise votre bateau. (Comme
c'est bête ! Bzorg s'en étouffe d'hilarité !)
Les tourelles ne se rencontrent pas seulement au bord des voies
fluviales. Si elles sont rares le long des routes, elles sont légion sur
les hauteurs. Là, un bouquet d'arbre les cache souvent aux voyageurs,
mais elles permettent aux guetteurs de balayer la plaine du regard et de
donner le cas échéant l'alerte. Certains seigneurs choisissent même
parfois d'édifier une tour dans un village de quelque importance. Elle
constitue un point de résistance contre des pillards ou des
envahisseurs, et également l'embryon d'un futur chateau.
Ne nous leurrons pas, les troupes gardant ces points de passage, bien
que dans certains cas nombreuses, ne sont que de second ordre. Un
lanceur de sort ne se trouvera que rarement parmi elles. Tout au plus
leur chef sera-t-il expérimenté.
Il en est tout autrement des hommes affectés à la sécurité active !
Oui-da, aventuriers téméraires mais sans cervelle, vous vouliez
discrètement éviter les points de passages obligés et vous voila traqués
par une meute de guerriers assoiffés de sang, alors que vous déambuliez
"innocemment" à travers bois ! Est bien niais celui qui croit qu'un fief
est ouvert à tout vent. Un seigneur est un être comme vous et moi : il
n'apprécie pas particulièrement de s'apercevoir au saut du lit que son
bien-aimé voisin campe sous ses fenêtres, accompagné par une armée. Pour
éviter cela. et par la même digérer quiètement ses croissants, le
seigneur envoie régulièrement une ou deux "lances" faire le tour du
propriétaire.
Une lance est l'unité de base de toute armée de type médiévale, qu'elle
soit fantastique ou non. Elle est composée de 8 à 12 combattants, et
commandée par un guerrier ou lanceur de sorts expérimenté (en terme de
D&D : du 3° au 7° niveau selon la mission et la puissance du
seigneur). Les lances de patrouilles
sont toujours hippomobiles (pour Bzorg, je rajoute que cela veut dire à
cheval ! Il est bête ce gremlin...). De plus, elle comporte toujours au
moins deux à quatre spécialistes du tir à l'arc. La première fonction de
ces patrouilles est de visiter toutes les garnisons que nous avons
présentées avant. Outre le fait de pouvoir dormir au chaud,et de pouvoir
s'adonner à de grandes beuveries hors du regard du chef, ceci permet de
vérifier que rien de fâcheux n'est arrivé aux postes éloignés.
Mais la deuxième fonction est de vérifier sur tout le pourtour du fief
que nul ne cueille les pâquerettes appartenant à la gente dame du
seigneur sans y avoir été invité. Ainsi, ces patrouilles où il est
commun de trouver un pisteur et un chasseur (un ranger de D&D) repèrent
toutes traces bizarres, toute saillie inhabituelle dans les buissons.
Les puissants d'une société médiévale adorent la chasse et, la
pratiquant beaucoup, toutes les saillies, c'est-à-dire les chemins
formés dans la forêt ou la campagne par des passages réguliers d'animaux
sont connues. Je propose à cet effet que les "innocents" qui de leur vie
d'aventuriers n'ont jamais camouflé les restes de leurs feux de camps,
révisent leurs classiques (Bzorg me rappelle que John Wayne le faisait
toujours).
Sans exagérer, ces lances peuvent difficilement repérer le passage d'un
homme seul si celui ci ne s'occupe que de sa survie, par contre, un
braconnier risque fort d'y laisser ses fonds de culottes. Un groupe
d'individus, des aventuriers par exemple, risquerai fort d'attirer
l'attention. Enfin, une troupe d'une dizaine d'homme sera
automatiquement pistée.
Pour finir, il faut noter que ces patrouilles durent de une à trois
semaines, et se déroulent par tout temps. C'est dire si, en cas de
rencontre fortuite, la patrouille manifestera au groupe une joie
débordante : elle fait justement ce sale boulot sous une pluie battante
parce qu'il existe des abrutis comme ces aventuriers qui créent des
problèmes aux fiefs bien tranquilles ! Comme les membres d'une lance de
patrouille sont souvent très compétents aux maniements d'armes, et qu'ils
possèdent un ou deux lanceurs de sorts...
Je vous parlerais prochainement de l'art de maintenir l'ordre dans un
fief. Foi d'Éloi, ceci fera la transition entre les domaines militaires
et économiques de l'organisation d'un fief.
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